Depuis quelques temps, notre vie intime (euphémisme pour évoquer le carrousel des sens et de diverses sécrétions dans lequel nous entraînent nos muqueuses) n’est plus aussi active… L’âge ? les soucis du quotidien ? la fatigue ? le coût de la vie ? mon cholestérol ? ses pyjamas en pilou-pilou ? Bref, on copule moins…
Il y a quelques jours, à l’heure de se préparer à gaspiller les derniers jours qu’il nous reste avant l’apocalypse climatique pour payer les traites de l’écran plat, je me suis aperçu que, derrière les tartines beurrées et grillées (cela ne va pas améliorer mon cholestérol, tiens…), une paire d’yeux me fixaient. Ces petits globes oculaires exprimaient autant de désapprobation qu’une éleveuse de dindes à concours devant les photographies demi-écrémées de la plus titré d’entre-elles. Qu’avais-je fait ? Je n’avais pas pissé, en souvenir du bon vieux temps du célibat, dans le lavabo depuis son séjour à la maternité, il y a plus de trois ans…. J’avais vidé le lave-vaiselle et respecter l’organisation quasi-psychotique des placards de la cuisine. Mes suintantes revues masturbatoires étaient soigneusement planquées dans la cuve de la chasse d’eau. Non… Vraiment je ne voyais pas pourquoi j’allais subir le tempête conjugale qui se profilait à l’horizon…mais rien ne se passa mon Moloch du foyer se contenta de conserver cet air de vierge outragée par le passage de soudards sur son intimité.
Bizarre… Et dans la vie conjugale, le « bizarre » n’incite pas aux nuits de repos et à un fonctionnement gastrique optimal, croyez moi…
J’eus la solution du mystère, le soir même, après une dure journée de labeur à tenter d’offrir une culture générale à des adolescents pour lesquels l’intelligence est une option, la syntaxe une des variante de la théorie du chaos et l’orthographe une notion relative. Alors que, dans une subtile manœuvre, je caressais les fesses qui m’ont été légitimement attribuées par l’officier d’Etat Civil, tout en transbordant la vaisselle sale vers le sus-cité lave-vaisselle (un totem domestique, libérant la femme en lui permettant de faire peiner l’homme sous le bât de la bête de somme qui « peut au moins mettre la vaisselle dans l’appareil »). Elle me répondit : « Tiens, maintenant cela te tente ? ». Cette phrase était fielleuse comme une soirée entre filles. Devant mon air dubitatif, elle me raconta que durant la nuit, vers quatre heures du matin, alors qu’elle ne parvenait plus à trouver le sommeil une soudaine envie d’orgasme la prit. Elle essaya d’argumenter de « main de maître » alors que je rêvais sans doute à des paradis tropicaux peuplés de bombasses bourrées de GHB (et oui… même en rêve j’ai conscience de la faiblesse de mon charisme sexuel…) se livrant à des pratiques sexuelles que seul un John B. ROOT pourrait mirer sans être transformé en statue de sel. Je ne sais pas si ce fut l’influence onirique tropicale mais je chassais la main secourable de mon épouse d’une vulgaire tape, comme on chasse un bête moustique de son épiderme. A mon âge, gâcher une occasion de faire l’amour, même avec son épouse, même à quatre heures du matin, c’est terrible… Terrible…
Putain, je décline !