Ma bite et mon couteau 2, une philosophie de vie couillue ou un fléau divin ?
J’en reviens donc à mon légionnaire à la retraite. Son penchant pour l’ « eau de feu » associé à son dressage guerrier furent vite gênant pour le commun des mortels : une fois convenablement chargé à la bière [1], son côté soupe au lait le rend aussi instable que la paix au Moyen-Orient. Il y a quelques dizaines d’années, alors qu’un mariage se déroulait dans l’arrière salle d’un des cafés locaux, il se mit à rejouer le remake de « La légion saute sur Kolvesy » sur le zinc du bar. Le marié, sentant qu’ « Apocalypse Now » et sa chevauchée des Walkyries étaient plus qu’imminents [2], se mit en devoir de reprendre le malotru ; erreur fatale… Vif comme la turista, il sortit son couteau et trancha l’oreille du fraîchement enchaîné. Notre chevrier patriotique s’y connaît pour mettre l’ambiance lors des réunions festives ! Allez comprendre pourquoi le juge n’apprécia pas son sens de la fête… Un putain d’pédé d’civil sans doute…
L’âge aidant un problème ophtalmique vint améliorer l’ordre public : doté de lunettes aux verres aussi épais que ceux d’un cockpit de bathyscaphe, il devint alors facile à son épouse lorsque l’éthylisme de son besogneur était à son comble de le désamorcer d’un simple geste en lui confisquant lesdites lunettes. Difficile alors de massacrer le quidam au risque de donner un coup de boules sur un pilier ou dans un mur, adversaires bien plus résistants que le cartilage nasal de « l’enculé qui m’regarde eud’travers ! ». Les fêtes de village furent bien plus calmes et le comité des fêtes sacrifia trois taureaux noirs à Chutlhu. Mais on ne présage jamais assez des ravages du progrès : il se fit opérer au laser, il y a trois ou quatre ans. Depuis, il se tape, de temps à autres, une petite rixe en amateur dans les bars du coin et les fêtes communales là où sa mobylette bleue le porte… souvent miraculeusement, il faut bien l’avouer… Mais lorsqu’il joue à domicile, il est aussi très fort : à chaque fête de la légion, il sort les palettes pour le feu de camp, met la musique et défile en uniforme en gueulant des chants guerriers. Les voisins passent la nuit à la cave s’attendant d’un instant à l’autre à voir leur pavillon prit d’assaut. D’ailleurs, il n’y a pas très longtemps, cause de sa dernière condamnation il me semble, il a neutralisé le chien des voisins au couteau. Faut pas pisser sur les roues de sa mobylette…
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, lors de son retour il amena avec lui un frère d’arme (le genre d’homme à ne pas vous laissez tomber dans votre vomi un soir de cuite) ; un allemand qui épousa une fille du village et lui fit des enfants en nombre dont le dernier fût conçu, il y a quelques années à la limite de la ménopause et de la fin des allocations… Je n’invente rien, c’est la génitrice qui l’a dit… Donc cet ancien légionnaire garda au fond de son être les habitudes du « fou de guerre » qu’il était et pour garder la forme, il n’hésite pas à faire le commando en amateur : un soir d’été, ma jeune sœur (celle que l’on a prostitué pour payer mes études) était avec quelques amis dans les rues de notre riant village, discutant de tout et de rien autour d’un pack de bière (être jeune dans un village du Nord, ce n’est pas facile…) quand tout à coup, ils aperçurent dans les fourrées dominant leur groupe, une silhouette ; c’était notre Rambo aux petits pieds en tenu camouflage et maquillage idoine.
Entre celui se croyant en mission d’infiltration derrière les lignes ennemies et l’autre, collectionneur de cartilage auriculaire, le monde rural nordiste peut ressembler à la Bosnie-Herzégovine livrée aux milices serbes.
Notes
[1] ou tout autre liquide ataviquement hostile au foie
[2] Je l’imagine gueuler comme un prisonnier que l’on interroge : « J’adore l’odeur de la bière vomie au petit matin ! »






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